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Les oreilles
de la vieille dame qu'est la psychanalyse ont dû lui tinter, tard
dans la nuit du jeudi 29 au vendredi 30 septembre. A moins qu'elle n'ait
rêvé que des voyous tentaient de lui arracher son sac à
la faveur de l'obscurité. Les deux principaux auteurs du Livre
noir de la psychanalyse étaient les invités du magazine
"Campus", sur France 2.
Ils disaient
en s'esclaffant tout le mal qu'ils pensaient de la vieille dame. Et
ils ne faisaient pas mystère de leur intention de lui voler ses
économies, son fonds de commerce et jusqu'à ses chères
photos de famille jaunies. Il y avait un maigre et un gros. Ils riaient
en racontant le sort qu'ils avaient fait subir, dans leur livre, au
père de la vieille dame, un honorable professeur, mondialement
connu, né à Vienne et mort à Londres.
La vieille
dame en était toute retournée. Elle se demandait ce que
son vieux père aurait pensé de ce nouveau scandale. Lui,
si soucieux des convenances, toujours à cheval sur les bonnes
manières, en dépit ou plutôt en raison du caractère
un peu particulier, pour ne pas dire scabreux, de ses travaux. Et puis,
elle se souvenait. Cela avait été ainsi au début,
jadis, à Vienne, il y a si longtemps. On avait traité
son père de tous les noms. Quelle idée, aussi, de mettre
du sexe partout. Il y avait eu d'énormes résistances,
c'est le mot qu'il employait, à l'égard de ses découvertes.
Pourtant, la petite entreprise familiale était devenue très
prospère, aux Etats-Unis surtout, un pays sur lequel son père
ne misait pas beaucoup.
C'était
un homme du Vieux Continent, pétri de culture grecque et latine.
Rien à voir avec ces Yankees désespérément
optimistes, avec leur "happiness" et leur "success"
à tous les rayons et à tous les étages.
Mais cela
avait marché là-bas au-delà de toute espérance.
Et puis – mais alors son père était mort depuis
longtemps –, les Américains s'étaient lassés.
Ils avaient brûlé, comme ils font toujours, ce qu'ils avaient
adoré. La psychanalyse était devenue aussi invendable
qu'un poste de TSF à galène.
Restait
évidemment la France, devenue par la force des choses l'unique
espoir de la famille. Et voilà qu'à son tour celle-ci
semblait céder à cette horrible mode qui consiste à
rire des géniales trouvailles de papa. Un cauchemar. L'auteur
de ces lignes, qui a de la tendresse pour cette vieille dame agressée,
essayait vainement de la rassurer en lui disant que demain il ferait
jour.
Dominique Dhombres
Article paru dans l'édition du 01.10.05
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Les oreilles de la vieille dame qu'est la psychanalyse ont dû
lui tinter, tard dans la nuit du jeudi 29 au vendredi 30 septembre
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